Vincent van Gogh et Arles par Yolande Clergue

L
orsque l’on arrive à Arles, la pensée immédiate du peintre qu’était Vincent Van Gogh s’impose à nous avec évidence. C’est ici qu’il découvre la lumière du Midi et réalise une partie de ses plus belles œuvres. La période sera féconde, elle cessera avec sa mort, deux ans plus tard à Auvers-sur-Oise.

Que reste-t-il de son séjour arlésien, de son projet d’atelier du Midi qu’il voulait y fonder ? Depuis 1888, au cours de différents voyages à l’étranger, puis en France, combien de questions me furent posées à propos de son grand rêve d’une communauté fraternelle rassemblant les artistes ?

"Avez-vous des œuvres de Van Gogh dans votre ville ? Existe-t-il une adhésion qui témoigne de son passage et d’une véritable reconnaissance ?" Les traces sont éphémères, les lieux où il vécut ayant été rasés au cours des bombardements lors de la dernière guerre, La petite maison jaune, Place Lamartine n’existe plus que dans ses toiles.
Cent ans après sa mort, je décidais d’honorer sa mémoire afin que son désir prenne forme. Le fil conducteur de l’aventure me fut donné à travers la correspondance que Van Gogh échangeait avec son frère Théo durant l’année 1988. "Puissent les artistes se retrouver à Arles... ". Les amis m’encouragèrent, Jacqueline Picasso m’apporte son soutien personnel. Picasso lui-même, très attaché à la personnalité de Van Gogh, conservait à l’intérieur de son portefeuille un extrait du journal de la "chronique locale" où l’on rapportait qu’un pauvre aliéné, peintre originaire de Hollande, s’était coupé l’oreille et avait offert cet objet précieux à la pensionnaire d’une maison de tolérance. Dès 1985, je m’adressais au peintre Francis Bacon et lui demandais s’il accepterait de réaliser une œuvre dont van Gogh fournirait le thème.

La réponse se concrétisa par un accord aussi prompt qu’enthousiaste. Avec une étonnante humilité il exécuta, à partir d’un tableau de Vincent détruit pendant la seconde guerre mondiale, une toile qui représentait le peintre accompagné de son ombre en marche sur la route de Tarascon. Peu après, il offrit l’affiche afin de célébrer le centenaire de l’arrivée à Arles (1888 -1988). A travers ce geste généreux il me communiquait des forces nouvelles. Son soutien m’aidait à mieux supporter l’incompréhension générale.
D’autres artistes français puis étrangers suivirent : peintres, sculpteurs, photographes, et musiciens. Les écrivains et les poètes écrivirent un hommage. Le couturier arlésien, Christian Lacroix lui rend hommage à travers deux modèles de sa création où l’on retrouve l’or des tournesols et le costume du zouave.


Le compositeur Henri Dutilleux apporta la partition de son poème symphonique "La nuit étoilée" inspiré par une peinture du même titre. Chacun apporta son oeuvre dans un geste de totale fraternité et de générosité absolue, et permit ainsi cette réunion autour de celui qui resta seul. Cent ans après sa mort, son vœu prend forme. On peut méditer le vers rédempteur de Schiller: "La vie est grave, l’art est gai " tandis que sur son seul nom, les pire spéculations boursières se donnent libre cours dans une surenchère effrénée. Ici, il est enfin entouré et pour la première fois, par sa "famille": les artistes. Le début d’une collection est né. Si le centenaire est fugitif, les œuvres elles, sont là et pour longtemps. Ce que nous ferons pour Vincent est si mince, comparé à l’œuvre immense qu’il livre au monde entier.